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Accroissement de l’encours de la dette de la RDC : décryptage des faits

L’Observatoire de la dépense publique (ODEP) avait, en octobre 2021, fustigé les faiblesses dans la gouvernance des finances publiques dans plusieurs institutions de la RDC en précisant que les dépassements budgétaires, surtout au sein de la présidence, ne devraient pas être un mode récurent de gestion des deniers publics. En effet, l’ODEP avait précisé que, en fin septembre 2021, plusieurs institutions avaient épuisé leur budget annuel. Pour cette structure, ces dépassements traduisaient simplement la mégestion et l’implémentation des mauvaises pratiques de gouvernance des finances publiques.

Dans le même ordre d’idées, l’ODEP avait précisé qu’une telle gouvernance budgétaire ne pourrait permettre la création des richesses ou l’amélioration des conditions socio-économiques de la population. Cette situation constituerait donc un frein à l’effectivité de la décentralisation telle que prévue par la constitution ainsi qu’à l’émergence du pays.

La vraie question est celle de savoir comment sont financés ces dépassements, étant donné que le pays accuse un niveau de pression fiscal sensiblement inférieur à son potentiel fiscal. C’est ici que survient la problématique de la dette publique. Ainsi, il y a lieu de s’interroger sur l’orientation de cette dette. Est-ce pour soutenir la balance des paiements déséquilibrée par une gestion budgétaire laxiste ?

En effet, l’encours de la dette a connu une croissance de 62% entre janvier 2018 et janvier 2022, soit une augmentation moyenne de 15,18% par an (près de 800 millions d’USD par année)3. Cependant, tel qu’indiqué par Congo Finances, ces emprunts n’ont pas été essentiellement contractés pour soutenir la balance des paiements et n’ont pas été canalisé vers des investissements productifs.

L’analyse développée dans l’article de Congo Finances renseigne que le déséquilibre de la balance des paiements est dû notamment à une gestion budgétaire laxiste ainsi qu’à la mise en place d’une politique économique inadéquate caractérisée par des programmes plutôt consommateurs que générateurs de recettes. De plus, l’avènement du nouveau régime qui a succédé celui de Kabila devrait apporter des réformes adéquates permettant d’éradiquer l’impunité, notamment la gabegie financière et la mauvaise gouvernance des finances publiques afin de permettre une croissance inclusive.

En effet, l’article a rappelé que le règne de l’ancien régime représente la plus longue période de croissance de l’histoire du pays avec des taux de croissance de près de 6,5% (entre 2010 – 2019), dépassant la moyenne de l’Afrique subsaharienne. Cependant, cette croissance n’était pas inclusive et était portée principalement par les secteurs extractifs. Malheureusement, elle n’a pas été suffisamment créatrice des revenus et ses retombées n’ont pas suffisamment amélioré les indicateurs socio-économiques du pays et impulsé une dynamique de transformation structurelle de l’économie. A cet effet, l’arrivée du nouveau régime devrait permettre (i) la mise en oeuvre des réformes des finances publiques avec notamment l’opérationnalisation de la Cour des comptes ; (ii) la suppression

des exonérations et le recensement fiscal ; (iii) l’inclusion de l’économie informelle dans le formel pour accroitre considérablement le niveau des recettes fiscales. Cependant, tel qu’indiqué par Congo Finances, le nouveau régime a mis en place, plusieurs programmes sans apporter des réformes permettant de générer les recettes suffisantes. Il s’agit entre autres du programme d’urgence de 100 jours, des opérations militaires d’envergure à l’Est du pays, de la gratuité de l’enseignement primaire, etc. Ce sont tous ces éléments qui ont nécessité le recours à la dette publique extérieure tel que présenté dans la figure ci-dessous :

La figure ci-dessus montre que l’endettement actuel aura comme répercussions la consommation d’une partie des revenus futurs. D’où la nécessité de canaliser les fonds empruntés vers des investissements productifs qui permettront de générer les recettes afin de faire face aux futurs remboursements. Malheureusement, la mauvaise gouvernance des finances publiques décriée dans la plupart des institutions publiques, couplée aux effets pervers de la Covid-19 a abouti à des déséquilibres du cadre macroéconomique avec la dépréciation du franc congolais et une balance des paiements déficitaire. C’est dans ce contexte que l’économie congolaise a été soutenue par le FMI dans le cadre du programme de facilité élargie de crédit et plus tard triennal.

Ainsi, pour stopper cette hémorragie de manière soutenue, il y a lieu (i) d’opérer les réformes appropriées pour améliorer la gouvernance des finances publiques ; (ii) réduire les trains de vie des institutions publiques ; (iii) accroitre la part des dépenses en capital ; (iv) combattre la corruption et les antivaleurs par la mise en place ou l’opérationnalisation des dispositifs de contrôle au sein de chaque institution ; et (v) réformer la justice pour lui permettre de jouer son rôle en toute impartialité, indépendance et objectivité. Ce n’est qu’à ce prix qu’il est possible d’inverser la tendance et d’engager l’économie congolaise dans un cercle vertueux de croissance inclusive.

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