Que retenir de la dépréciation actuelle du Francs Congolais ?

La dépréciation accélérée de la valeur du Franc Congolais par rapport aux devises fortes continue d’alimenter les débats publics. Elle est également à la base des grognes et frustrations de la population qui voit son pouvoir d’achat s’effriter du fait de cette dépréciation et de son incidence sur les prix des biens et services sur les marchés locaux. En un mois, c’est-à-dire de juin à juillet 2020, le Franc Congolais a perdu jusqu’à 5% de sa valeur face au dollar américain sur le marché interbancaire et 4% sur le marché parallèle. Comparée à sa valeur au 31 décembre 2019, la monnaie nationale s’est dépréciée de 17,5% par rapport au dollar américain sur le marché interbancaire voire 18,3% sur le marché parallèle. L’impact sur les prix des biens et services ne s’est pas fait attendre. À la 4e semaine de juillet, l’inflation en glissement annuel se situait à 14,22% et l’inflation annualisée à 21,28%, bien au-dessus du triple de l’objectif à moyen terme fixé à 7%.

D’emblée, la dépréciation de la monnaie nationale revêt un caractère très sensible pour le Congolais moyen du fait de la forte dollarisation de l’économie du pays faisant du dollar américain, et non le Franc Congolais, la monnaie de référence pour l’activité économique. Cette indexation répercute de manière automatique et instantanée les chocs du taux de change sur l’économie réelle, avec des conséquences immédiates sur la vie
des Congolais. La dominance des produits d’importation dans les habitudes de consommation du Congolais ne fait qu’exacerber cette situation.

Dans le régime des taux de change flottants, le taux de change est déterminé par le jeu de l’offre et la demande des devises considérées sur le marché de change. L’autorité monétaire, la Banque Centrale du Congo (BCC)
dans le cas d’espèce, peut influencer ce jeu via les opérations d’open market qui lui permettraient de réguler les quantités des devises en compétition et ainsi maintenir l’équilibre voulu (et donc le taux souhaité) sur le marché de change. Mais, pour y parvenir, la BCC devrait disposer des réserves de change suffisantes pour pouvoir intervenir au moment voulu avec les quantités voulues sur le marché en cas de nécessité. Le niveau des réserves de change à la BCC se situait à 837 millions USD à la 4e semaine de juillet 2020, soit l’équivalent de 3 semaines d’importations, un niveau très faible au regard des standards de 5 et 3 mois d’importations exigés par exemple par l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africain (UEMOA) et la Communauté Économique de l’Afrique Centrale (CEMAC) respectivement. Ce niveau très faible des réserves limite considérablement les marges de manœuvre de la BCC dans la situation actuelle de dépréciation accentuée du taux de change.

Les avis ont été unanimes pour blâmer le financement monétaire du déficit budgétaire comme la principale cause de l’inflation galopante actuelle et la perte de valeur de la monnaie nationale. Sans pour autant chercher à réfuter cette thèse, il sied de noter que ce financement monétaire n’a pas commencé en mars 2020, le point du décollage exponentiel du taux de change illustré à la figure 38 montre que, le crédit net à l’État a commencé à prendre des proportions de plus en plus importantes par rapport à son niveau de décembre 2018 en août 2019. Déjà à cette période, il était à plus de 150% de ce niveau de référence de décembre 2018. La planche à billet a été intensément sollicitée les mois qui ont suivi au point d’atteindre plus de 300% du niveau de référence de décembre 2018 en mars 2020. Un ralentissement de cet élan du financement monétaire a été observé en avril 2020 probablement grâce à différents appuis au budget obtenus des différents partenaires dans le cadre de la riposte contre la pandémie de Covid-19.

La comparaison des deux graphiques laisse croire que le financement monétaire affectait déjà le taux de change juste après août 2019, la période où il a commencé à prendre une ampleur considérable.
L’accentuation de la dépréciation observée à partir de mars 2020 pourrait être associée à la pandémie de Covid-19 qui a exercé un choc sur l’offre des biens et services sur le marché national, laissant ainsi la quantité excessive de la demande causée par le financement monétaire sans contrepartie réelle. L’inflation subséquente serait la principale cause de dépréciation du Franc Congolais.

Rédaction Congo Challenge

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